Pour les musiciens

La Technique Alexander, une approche fondamentale

Gestion du stress et amélioration des performances

"Le cerveau s’habitue à travailler d’une certaine manière, dans le même sillon, et quand il s’active, il emprunte le même chemin familier; quand on le dégage hors de ce sillon, nous sommes surpris de la facilité avec laquelle il peut être dirigé."
F. M. Alexander

Beaucoup de musiciens professionnels ont choisi, non seulement de pratiquer la Technique Alexander, mais aussi de l’enseigner, comme ce fut le cas pour l’un de mes professeurs ainsi que plusieurs de mes collègues.
Les musiciens, danseurs, acteurs et artistes ont recours à la Technique Alexander afin d’améliorer leurs performances, de moins souffrir de tensions, de faciliter une rééducation, d’acquérir un meilleur équilibre postural et d’augmenter leur présence sur scène. La Technique leur apporte une conscience accrue, des schémas posturaux favorisant une bonne circulation de l’énergie, ainsi qu’une meilleure réponse face au stress.

Les différents outils de la Technique Alexander ont fait leurs preuves dans tous les grands collèges de Musique et d’Arts de la scène du Royaume-Uni et dans bon nombre d’institutions à travers l’Europe et l’Amérique du Nord, dont la Juilliard School of Performing Arts, à New York.
En fait, la Technique Alexander est particulièrement utile dans des situations que connaissent bien les artistes et qui peuvent générer un certain stress ; comme la préparation de concerts, les répétitions, auditions de musique, performances ou compétitions.  A cela s’ajoutent les tensions engendrées par le fait d’exercer de manière répétitive certains mouvements plus ou moins complexes liés à l’instrument. Tensions, même insignifiantes - qui par leur répétition constante car exercées plusieurs heures par jour - peuvent sur-solliciter certains groupes de muscles. 

Toutes ces situations peuvent engendrer des déséquilibres, et devenir source de tensions qui se localisent le plus souvent de la nuque aux épaules, au dos, voire au bras et aux mains. Avec le temps, ces tensions occasionnelles deviennent chroniques et entraînent fatigue, stress, douleurs chroniques et articulaires, inflammations, tendinites, problèmes du tunnel carpien, etc.

Les difficultés techniques

  • Une mauvaise habitude posturale et de compensation acquise avec le temps, par exemple celle de sur-solliciter les épaules et la nuque en levant les bras. Le fait d’apprendre une meilleure coordination et ainsi mieux utiliser les membres supérieurs - en temps que violoniste, violoncelliste ou flutiste par exemple - peut changer une vie
  • Les musiciens ont tendance à contracter involontairement, inutilement et excessivement certains muscles avant des passages difficiles. Ceci est contreproductif, car le muscle travaille mieux s’il n’est pas contracté préalablement. Ceci s’applique particulièrement aux chanteurs
  • En se mettant la pression de vouloir réussir, le musicien a tendance à maintenir certaines tensions inutiles, ce qui aura des répercussions sur l’expression musicale, l’agilité, le toucher et le son
  • Des tensions oculaires en rapport avec la lecture de la partition, la tête rivée sur elle (la partition), avec pour résultat de créer une rigidité excessive au niveau de la nuque et de bloquer la fluidité nécessaire entre la tête, la nuque et le tronc
  • Crispations de la mâchoire avant une ou plusieurs difficultés techniques, perturbant l’équilibre musculo-squelettique global
  • Des tensions dues à une asymétrie de la position
  • Le poids de l’instrument: j’ai conseillé à un jeune saxophoniste de changer son système de sangle, car le sien sollicitait trop fortement ses vertèbres cervicales. Il en existe d’autres qui repartissent mieux le poids de l’instrument sur les épaules
  • La morphologie de la personne par rapport à l’instrument ou les sièges pas toujours appropriés (trop hauts, bas, inclinés vers l’arrière…)
  • Des tensions dues au trac
  • Toutes réactions par rapport au but à atteindre, recherche de la perfection

Ce que permet la Technique Alexander

  • Prendre conscience des tensions inutiles qui passent souvent inaperçues
  • Trouver un meilleur équilibre postural adapté à l’instrument
  • Retrouver une meilleure fluidité et agilité
  • Une coordination améliorée et une plus grande liberté de mouvement
  • Pouvoir aborder certains passages avec plus de tranquillité
  • Mieux respirer
  • Remplacer les tensions par une meilleure tonicité en utilisant les chaines musculaires adéquates
  • Maintenir une pensée positive et calme, amenant un meilleur potentiel de concentration
  • Améliorer la gestion du trac
  • Apprivoiser les moments de l’inconnu, en bénéficier afin de rester présent
  • Devenir plus conscient de sa proprioception

Affiner un état, ou le flux et l’aisance prennent le dessus et le maintenir tout en jouant, en quelque sorte s’accorder soi-même, retrouver l’unité et l’espace en soi, a une influence sur la musique ainsi que sur son interprétation. 

Principes de base

Les principes de base de la Technique Alexander sont complexes à expliquer en quelques paragraphes et de nombreux livres ont été publiés afin de les faire connaître plus en détail (Notamment « La Technique Alexander pour les musiciens » de Pedro de Alcantara). Néanmoins, la meilleure façon de comprendre et d’intégrer les subtilités de la Technique Alexander passe par l’expérimentation directe et je vous invite, surtout si vous êtes musicienne ou musicien, de venir tester une leçon d’essai, sans engagement. 

La force de l’habitude

D’une part nous ne sommes pas toujours conscients de notre façon d’effectuer certains mouvements, et d’autre part, nous utilisons des mécanismes de compensation qui ne sont pas naturels, que notre corps a développé ; qui sont contreproductifs, et devenues partie intégrante de nous-mêmes, au point qu’ils nous paraissent normaux. Certaines de ces habitudes ont été acquises depuis notre plus jeune âge (M. Alexander les appelle « Faulty sensory appreciations »).

Ce sont donc des schémas qui ne nous sont pas favorables, et que nous reproduisons sans nous en rendre compte, qui déclenchent des tensions excessives et des déséquilibres dans le tonus musculaire, pouvant compresser chroniquement la colonne vertébrale et certaines articulations. Ceci va interférer avec la bonne coordination de l’appareil musculo-squelettique et avoir des effets dévastateurs à long terme.

Projection vers le but à atteindre

Un autre stress majeur que nous avons tendance à produire, est le fait de nous projeter dans une activité, un but à atteindre. (« end-gaining » en termes « alexanderiens »). Vouloir terminer une tâche avec une certaine impatience ou le désir de bien procéder, sans considérer le « comment », induit à produire des tensions excessives qui interfèrent avec une bonne coordination. Les exercices répétitifs en sont un bon exemple pour les musiciens, une difficulté technique à surmonter, la pression que l’on se met afin de terminer rapidement un travail etc.

Les outils

Le premier pas vers le changement des habitudes qui entravent notre fonctionnement est celui d’en devenir conscient.
C’est au cours de ses expérimentations, que M. Alexander réalisa que, s’il parvenait à s’empêcher l’usage de son corps - que ses habitudes (aussi bien mentales que physiques) lui dictaient et qui lui avaient paru jusqu’alors à ce point si normales, qu’il ne les avait même jamais remarquées – et s’il pouvait laisser son corps suivre une organisation globale différente ; sa voix et sa santé s’en trouveraient notablement améliorées. Il remarqua aussi que la relation dynamique entre la tête, le cou et le dos joue un rôle primordial dans la coordination de l’ensemble du corps.

Il s’agit donc de ne pas réagir habituellement à un stimulus, mais plutôt de s’arrêter, de revenir à l’intérieur de soi dans un équilibre postural global, dans un état neutre de « non-faire ». Ce processus est appelé « l’inhibition » (qui n’est pas à prendre au sens psychologique). Dans cet espace, nous allons réfléchir à comment rediriger le mouvement d’une manière plus adaptée à la situation, tout en maintenant un équilibre naturel et fluide entre la tête, le cou et le dos.

Pratiquement, nous allons permettre à notre cou de rester libre afin de laisser notre tête se diriger vers le haut et l’avant, à notre dos de s’allonger et de s’élargir au rythme de la respiration, et nous allons prendre conscience de nos points d’appuis sur le sol ou la chaise, en laissant la gravité faire son travail, tout en restant centrés et détendus. Ensuite, nous allons maintenir ces nouvelles « directions », donc acquérir une meilleure coordination durant l’activité que nous sommes en train d’effectuer. Petit à petit, en devenant plus familier avec cette nouvelle coordination, nous pourrons l’appliquer dans n’importe quel domaine, et amener non seulement une conscience accrue, mais aussi une organisation posturale optimale dans les activités au quotidien.

Le petit mot de la fin

En ce qui me concerne, je trouve que le processus Alexander nous ramène à redevenir plus attentifs à ce qui ce passe dans le moment présent. Le fait d’avoir acquis une longue expérience dans différentes pratiques de méditation me permet de constater que la simple intention de ne pas réagir habituellement à une situation, de diriger une partie de son attention vers ce qui se passe dans notre corps - afin de devenir plus conscient de nos perceptions, de ce qui nous entoure, et de ce que nous faisons - nous amène tout naturellement dans un état relié à notre espace intérieur,… tout en demeurant actif dans le quotidien. Je pense que la pratique de la Technique Alexander est un peu comme un pont vers un état de présence consciente.